La biographie

Jacques Dhondt

Artiste Scénographe 1920-2013

 

Biographie

 

 

7 septembre 1920 :

naissance de Jacques Dhondt

à Nimy près de Mons.

Il est fils unique d'un père militaire et d'une mère, femme au foyer.

1925 - 5 ans

En 1934, Jaques Dhondt quitte l'école et entame un apprentissage dans les ateliers de tapissier et de décoration de la maison Scholl, rue des Capucins à Mons où il reste trois ans.

Le patron, Guillaume Scholl, détecte ses talents de dessinateur et lui impose de s’inscrire à Saint-Luc et à l'Académie des Beaux-Arts de Mons où il suivra des cours de dessin et de peinture.

 

A l'académie 1939-1940

Au travers des activités d’apprenti chez le tapissier-garnisseur,

il côtoie l'univers de la mort, lors de la préparation de funérailles.

Encore adolescent, cet environnement le marque profondément au point de retrouver

dans beaucoup de toiles de l'époque des références à la mort et à tout ce qui l'accompagne.

 

En 1937, débute vraiment son activité professionnelle comme ensemblier, dessinateur et publiciste.

Repéré par le directeur d’un cinéma de Mons, il est engagé aux services d’un fabricant de calicots de cinéma.

 

L'arrivée de la Seconde Guerre mondiale

coïncide avec ce qu’il nommera

« le temps des angoisses et des révoltes ».

Tournai - Avril 1940

 

Après la guerre, il reprend l’affaire à son compte et

réalise de nombreux calicots pour les cinémas Corso, Palace, Alhambra et Eden au cœur de la ville :

de grandes toiles de dix mètres carrés.

Œuvres éphémères dont il ne reste aujourd’hui que quelques photos.

La Route sémée d'Etoiles - avec Bing Crosby - 1946

Jacques Dhondt se met à peindre des tableaux. C’est la période prolifique,

car une grande partie de ses tableaux seront réalisées entre 1939 et 1955.

Lui qui se dit athée, montre au travers de ses toiles comme une fascination

pour les églises, les calvaires mais surtout la mort.

1953

En 1945, il présente sa première exposition à la galerie « Le Sagittaire »,

suivie en 1948 d’une deuxième au même endroit.

 

1945

En 1947, avec Camille Halsberghe, Jean Fauconnier et Jean Rivart,

il démarre les « Comédiens Routiers du Hainaut ».

Ensemble, ils donneront des spectacles avec d’autres personnes

comme Gérard Noël, Janine Thomas, Lucette Dumont, Suzanne Dautrebande…

La troupe sera même parrainée par Léon Chancerel, Fondateur des Comédiens Routiers français.

de gauche à droite:

Jean Rivart - Jacques Dhondt

Camille Halsberghe - Jean Fauconnier

Lettre de soutien de

Léon Chancerel

Entre autres pièces jouées par la troupe, Les jours heureux de Claude-André Pujet, Lady Madeleine d’Henri Leonard,

Les Fourberies de Scapin de Molière, Il ne faut jurer de rien d’Alfred de Musset.

 

Le 9 octobre 1948, Jacques Dhondt se marie avec Jeanine Frans, qui elle aussi est dans le domaine artistique comme professeur de dessin, métier qu'elle laissera rapidement de côté pour se consacrer à leurs cinq enfants.

Jacques Dhondt et son épouse Jeanine Frans

En 1950, ils acquièrent leur maison au 10, rue des Gades à Mons et y emménagent.

 

Dès le début des années 50, Jacques Dhondt s’oriente vers le domaine du spectacle et

entame des activités de comédien, de pantomime et de marionnettiste.

Il crée et anime la Compagnie Gestes et Paroles avec Robert Duquenne, René Van Wayenberge et Maurice William.

En 1956, naîtra ensuite la Compagnie Jacques Dhondt,

reconnue et soutenue par la Province de Hainaut et le Ministère de l’Instruction Publique.

Au travers de spectacles de montage théâtraux où il mêle poésie, musique, danse, pantomime et théâtre véritable,

il joue avec ses complices de l’époque - Guy André, José Vernet, Ferdinand Loos, Edmond Lefèvre, Monique Henen, Rolande Larsimont, Suzanne Dautrebande, Mimie Leblanc, etc

Il contribuera à la décentralisation théâtrale en parcourant les villes, en allant vers le spectateur

plutôt qu’en le faisant venir. « Hommage à Frederico Garcia Lorca », « La symphonie de l’Homme »,

« Scènes de la vie Américaine », « Gai Gai Marions-nous » sont les spectacles que la compagnie aura le plus joués.

Le soutien du Ministère de l’instruction publique entraînera la compagnie dans les écoles, les centres culturels…

De nombreux spectacles sont donnés dans toute la Belgique comme à Spa en 1953, à Binche et à Bruxelles en 1954, ou dans diverses festivités locales.

 

De 1952 à 1960, il est chargé de cours au Centre d’Art Dramatique de Mons,

sous la tutelle de Franck Lucas. Ateliers de décors, de marionnettes et de masques sont au programme,

ainsi que des cours d'expression corporelle et vocale.

Parmi les élèves, on retrouve un jeune d’Ecaussines, alors âgé de 23 ans, … Jules Beaucarne qui deviendra

le Julos Beaucarne bien connu.

Le centre animera un cours de poésie pour enfants qui sera développé à l’Athénée de Mons avec Edmond Lefèvre.

En 1959, une exposition à la salle Saint-Georges de Mons montrera des travaux réalisés au Centre.

Première émission TV- Lille

Marionnettes Bétième Ballet de Mons

C’est lors d’un de ses spectacles que Jacques Dhondt est approché par un collaborateur

au projet de télévision expérimentale. Nous sommes en 1952.

Il est encouragé à s’intéresser au projet et c’est ainsi qu’il intègre le groupe des pionniers de la télévision et

participera au lancement de la télévision belge.

Il ne quittera plus l’INR, future RTB puis RTBF, jusqu’à sa retraite en 1985.

Mais il mène encore de front ses autres activités : peinture et exposition, spectacles avec sa Compagnie.

 

Jacques Dhondt apporte également son aide à la réalisation de stands promotionnels

pour le Hainaut, notamment à Amsterdam en 1955 et Paris en 1956

Amsterdam - 1955

Paris - 1956

En 1956, il expose à la galerie Lucidel et

en 1958, le Journal La Meuse à Namur organise une exposition dans sa galerie d’art.

La télévision l’accapare énormément et devient son activité principale.

Et pas seulement comme décorateur. A l’époque, tout le monde met la main à la pâte.

Il faut garantir la diffusion de plusieurs programmes chaque semaine.

On ne parle pas encore de magnétoscope, ni d’enregistrement d’émission.

Tout se fait en direct, un véritable défi !

 

Vu son talent à multiples facettes, il est rapidement intégré comme figurant ou mime

voire comédien dans des réalisations diverses.

 

En 1958, Jacques Dhondt reçoit la commande d'une peinture monumentale destinée à orner la gare de Mons

à l’occasion de l’Exposition Universelle.

Un challenge de plus car il n’a jamais réalisé une œuvre de cette dimension, près de 180 mètres carrés.

Perché à une dizaine de mètres du sol, il réalise cette oeuvre sur des panneaux de bois

représentant, sur trois parois, un aperçu de la vie socio-culturelle et folklorique de la région de Mons-Borinage.

Fresque originale

C’est sans doute l’œuvre qui aura marqué le plus grand nombre.

Et pourtant il avait déjà réalisé deux autres fresques en 1950 à Coxyde dans le centre Le Lys Rouge,

qui accueille les enfants d’ouvriers durant les vacances et qui est tenu par les Femmes Prévoyantes Socialistes

Malheureusement dans les années 80, le bâtiment sera détruit et reconstruit de façon plus ergonomique et pratique. Seules quelques photos témoignent encore des fresques.

Le Lys Rouge - 1950

La télévision prend le dessus et l’oblige à cesser définitivement ses activités de publiciste

et progressivement celles de sa Compagnie.

Il réalisera ponctuellement encore des affiches pour la Ducasse de Mons, la Ducasse de Messines

et plus tard pour le Festival du Film d’Amour, par exemple.

Il trouve son bonheur dans la télévision, du fait que celle-ci réalise encore

de nombreuses dramatiques, des téléfilms et des variétés.

Il côtoie nombre de personnages et artistes de renom :

Jacques Prevert, Yves Montand, Henry-Georges Clouzot,

le mime Marceau, Jacques Brel, Robert Hossein, Maurice Béjart, etc

 

En 1962, il joue le rôle de Léopold, second mime dans l’opéra « Le Chevalier à La Rose » de Richard Strauss

à l’opéra de Liège. Des opéras qui seront ensuite captés par la RTB.

En 1963, il enregistre avec Marion ce qu’on appelle aujourd’hui des « clips » avec Salvatore Adamo

qui interprète plusieurs titres de son disque « Chansons non commerciales ».

Une autre chanson d’Adamo, particulièrement célèbre, verra aussi la participation de Marion et Jacques Dhondt

dans un clip : « Vous permettez, Monsieur ? », chanson qui fera le tour du monde

et dont le clip vidéo est encore régulièrement diffusé.

Vous permettez, Monsieur? - S. Adamo - 1964

En 1964, il est envoyé à Rome par la RTB pendant un mois

dans le cadre d’échanges entre télévisions de l’UER (Eurovision).

Au cours d'une collaboration intensive avec ses collègues italiens,

il participe au tournage de « Un natale di Maigret » (Naissance de Maigret) d’après Simenon,

à la conception du décor de « La Porta Chiusa »(La porte close), un téléfilm de la RAI,

ainsi qu’à plusieurs émissions de variétés au Teatro Delle Vittorie que la RAI utilise encore toujours aujourd’hui.

Il décortique l'organisation de ces productions et de retour en Belgique, il rédige un dossier

dont la hiérarchie de la Régie Générale de la RTB s’inspirera pour son fonctionnement.

 

Cette année-là également, il reçoit la récompense de Brigadier d’Honneur, prix instauré par Jean-Louis Barrault,

pour ses qualités de décorateur de théâtre.

 

Il se rend aussi à Bayreuth en Allemagne en vue d’une adaptation partielle en télévision de la trilogie de Wagner,

« La Walkyrie ou Les adieux de Woltan », concrétisée en 1965 par la RTB.

La Walkyrie - Les Adieux de Woltan - R. Wagner

Il travaille à Bruxelles pour de nombreuses émissions avec Zouc Lang et John Merlin.

A trois, il forment le trio de décorateurs de la RTB. « Le Jardin Extraordinaire »,

aujourd’hui la plus ancienne émission de la RTBF, a vu la signature de Jacques Dhondt pour les décors.

Le Jardin extraodrinaire

(Arlette Vincent - Maryse - Edgar Kesteloot)

Mais il ne peut pas s’empêcher d’apparaître comme comédien dans des téléfilms, mais aussi

dans l'émission « Sans rancune », consacrée aux premières caméras cachées de la télévision.

Sans rancune - 1960 Le Coup du Soir - 1972

La StarOmatic Réal: J.P. Berckamns

Jacques Dhondt collabore au film de Jacques Brel « Franz » en 1971

dont il relatera une anecdote du tournage concernant un fiacre dans une interview accordée

à Télé Mons Borinage en 2010.

Franz - de et avec Jacques Brel - 1971

En 1977, la RTBF se décentralise. Il quitte alors le boulevard Reyers pour participer activement

au développement du nouveau centre de production de Charleroi.

Il concevra les décors d’émissions cultes comme « Au nom de la loi », « Zygomaticorama »

mais aussi de plusieurs dramatiques tournées avec André Gevrey et Teff Erhat.

Il réalisera également les décors et maquettes d’une émission consacrée au drame du Bois du Cazier.

En 1978, il est à nouveau récompensé. Cette fois, il reçoit le prix des réalisateurs de télévision, décerné annuellement par l’association des réalisateurs de la RTBF, en reconnaissance de la qualité du travail accompli dans la profession.

 

Et tout cela en se déplaçant dans sa « deuche » dont il était inséparable.

En 1981, et pendant deux ans, il donne des cours à l’IAD installée à Louvain-la-Neuve.

Les premiers soucis de santé apparaissent en 1983.

Progressivement, il doit penser à la retraite qui arrive en septembre 1985.

Mais rester inactif n’est pas possible.

 

Jacques Dhondt continue à dessiner des affiches, ponctuellement à peindre,

mais il est aussi régulièrement approché pour des créations au Théâtre de Mons:

Cendrillon - 1987

La Belle au Bois Dormant - 1988

Pinocchio - 1993

En 1987, il expose à la Salle Saint-Georges à Mons, en compagnie de huit autres artistes.

Viennent ensuite des demandes de collaboration pour les Floralies Montoises en 1988, puis celles de Tournai en 1991.

 

Les années 90 verront une deuxième période de création graphique. Moins de peintures

mais plus de dessins combinés ou non avec des collages.

Les Cerfs-Volants - 1990

Il rejoint aussi le comité de TéléMB, pour y apporter des idées et

tenter de mettre sur pied un projet d’émission « Le tableau du mois »,

projet qui ne verra finalement jamais le jour.

 

Progressivement, il se retire de la vie professionnelle.

Il circule encore beaucoup dans la région et se met à la photographie.

Il est atteint d’une frénésie de recherches de petites chapelles, de calvaires, perdus au milieu des champs.

 

En 2005, son épouse décède.

La maison de la rue des Gades paraît bien grande pour un homme seul, mais il y reste.

Bien que toujours en contact avec ceux qu’il appelle ses « copains », il circule de moins en moins.

 

Début 2013, la maladie le gagne. Sa santé se dégrade rapidement. Il est hospitalisé début avril et décède le 8 août.

Le 13 août 2013,

au crématorium de Mons, le texte qui suit a été lu par le comédien Vincent Leclercq

au cours d’une cérémonie simple comme Jacques Dhondt l'avait été.

 

POUR FAIRE LE PORTRAIT D'UN OISEAU

 

Peindre d'abord une cage avec une porte ouverte

Peindre ensuite quelque chose de joli,

Quelque chose de simple,

Quelque chose de beau,

Quelque chose d'utile pour l'oiseau.

Placer ensuite la toile contre un arbre

Dans un jardin, dans un bois ou dans une forêt

Se cacher derrière l'arbre, sans rien dire, sans bouger ...

Parfois l'oiseau arrive vite

Mais il peut aussi bien mettre de longues années avant de se décider

Ne pas se décourager,

Attendre, attendre s'il le faut pendant des années.

La vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau

N'ayant aucun rapport avec la réussite du tableau,

Quand l'oiseau arrive, s'il arrive,

Observer le plus profond silence

Attendre que l'oiseau entre dans la cage

Et quand il est entré, fermer doucement la porte avec le pinceau

Puis effacer un à un tous les barreaux,

En ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau.

Faire ensuite le portrait de l'arbre

En choisissant la plus belle de ses branches pour l'oiseau.

Peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent, la poussière du soleil

Et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été,

Et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter.

Si l'oiseau ne chante pas, c'est mauvais signe ;

Signe que le tableau est mauvais.

Mais s'il chante c'est bon signe, signe que vous pouvez signer.

Alors vous arrachez tout doucement une des plumes de l'oiseau

Et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

 

Le 15 septembre 2013, Télé Mons Borinage a rendu hommage à Jacques Dhondt

en diffusant une interview réalisée en 2010 dans l’émission « Quartiers d’Histoires ».